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Échos du racisme systémique et du colonialisme de peuplement au Canada : Brutalité policière et racisme environnemental

Écrit par Riyana Karim Hajiani

· Général

En mai 2020, la mort de George Floyd, un homme noir de Minneapolis Minnesota, a déclenchéune vague de protestations massives pour faire face au problème permanent de la brutalité policière contre les Noir.e.s américain.e.s aux États-Unis. Ces appels à la justice se sont répercutés de l'autre côté de la frontière américaine, provoquant une vive réaction similaire au Canada. Les manifestations pro-Black Lives Matter (BLM) ont rapidement envahi les rues canadiennes en réponse au meurtre de Floyd. L'élan de ces manifestations a amené de nombreux Canadien.ne.s à réévaluer la réputation de "boy-scout" du pays, avec en toile de fond la mort de Noirs, d’Autochtones et d'autres personnes racisées par la police au Canada, comme Regis Korchinski-Paquet, Ejaz Ahmed Choudry, D'Andre Campbell et Chantel Moore.    

Au Canada, les Noir.e.s et les Autochtones sont arrêté.e.s et emprisonné.e.s de manière disproportionnée, tués par balle et victimes d'une violence extrême de la part de la police. La Commission ontarienne des droits de l'homme a constaté qu'une personne noire à Toronto a au moins 20 fois plus de risques d'être abattue par la police de Toronto qu'une personne blanche. Entre 2007 et 2017, les peuples autochtones ont représenté plus d'un tiers des personnes tuées par balle par des agents de la GRC et plus de 30 % des admissions dans les prisons fédérales, alors qu'il.elle.s ne représentent que 4,1 % de la population canadienne. Il est clair que les minorités visibles au Canada, en particulier les Noirs et les Autochtones, sont victimes d'un système de maintien de l'ordre qui cible les personnes en fonction de leur « race » et non de la justice.    

Toutefois, cescas de violences policières ne sont pas isolés et il s’agit plutôt du signed'un problème plus vaste qui ronge la société canadienne : le racisme systémique. C'est-à-dire que le tissu même de la société canadienne repose sur la discrimination systématique des personnes racisées. Pour les peuples autochtones, premier.e.s occupant.e.s du Canada, il s'agit du colonialisme de peuplement qui continue de refléter les inégalités et les schémas de discrimination contemporains qui favorisent les objectifs politiques du gouvernement canadien et son utilisation des terres. Le racisme systémique se reflète dans l'accès au logement, à l'éducation, à l'emploi, au statut économique, aux soins de santé et au système carcéral, entre autres structures sociales. Dans ce contexte, les personnes, en raison de leur identité raciale, ethnique ou autre, sont systématiquement vulnérables à l'oppression. En gardant cela à l'esprit, la brutalité policière est un symptôme du racisme systémique.      

Alors, qu'en est-il de l'environnement?   

L'(in)justice environnementale et le racisme systémique sont liés car detrès nombreuses recherches indiquent que les groupes racisés sont manifestement affectés par les effets des changements climatiques. Ce lien est décrit comme un racisme environnemental. Au Canada, les Noir.e.s, les Autochtones et les autres communautés radicalisées sont exposé.e.s de façon disproportionnée aux risques environnementaux et sanitaires, car ces groupes sont plus susceptibles de vivre à proximité de pollutions toxiques (ou «  zones d'impact ») telles que les décharges,les installations d'égouts et les installations chimiques qui émettent des polluants dans l'air et dans l'eau. Malgré cela, les personnes racisées contribuent moins à la pollution atmosphérique que leurs homologues blanc.he.s.    

Prenons l'exemple d'Asubpeeschoseewagong Netum Anishinabek (Premièrenation de Grassy Narrows), où, entre 1962 et 1970, une usine de pâtes etpapiers (appartenant à Reed Ltd. et Great Lakes Forest Products Limited) située à Dryden, en Ontario, a déversé 10 tonnes de mercure toxique dans la rivière Wabigoon, située en amont de la communauté des Premières Nations. Ce déversement a contaminé le réseau fluvial et les réserves de poissons, une source de nourriture de base qui fait partie de la culture de Grassy Narrows. Actuellement, plus de 90 % des habitant.e.s de Grassy Narrows souffrent des symptômes de l'empoisonnement au mercure, tels que des lésions cérébrales et rénales et une mort prématurée.    

Shelburne, une communauté majoritairement noire en Nouvelle-Écosse, aété un site de décharge toxique pour les déchets industriels, médicaux etrésidentiels en 1950. Cette décharge a été exploitée jusqu'aux années 1990, où elle est devenue une station de transfert d'appareils électroménagers et de barils de pétrole vides jusqu'en 2016. En conséquence, un nombre démesuré de membres de la communauté souffrent de cancer. « C'était comme vivre dans une poubelle, en gros », raconte Louise Delisle, membre de la communauté de Shelburne et membre fondatrice de Rural Water Watch (une OBNL axée sur la surveillance de l'eau à Lincolnville, Shelburne et d'autres communautés marginalisées).    

Un fil conducteur   

Bien que la justice environnementale et l'abolition de la police soientdes mouvements distincts, les défenseu.se.r.s de ces causes entonnent le mêmerefrain, à savoir le ralliement contre le racisme. En effet, la brutalité policière et le racisme environnemental vont de pair car ils sont tous deux des symptômes du racisme systémique et du colonialisme de peuplement au Canada. L'intersection de ces deux phénomènes est démontrée par l'utilisation de la police et de la GRC pour réduire au silence les mouvements environnementaux, en particulier ceux dirigés par les peuples autochtones. Par exemple, lors des manifestations contre le gazoduc Coastal GasLink dans le territoire Wet'suwet'en, les agents de la GRC ont reçu l'ordre d'utiliser « autant de violence que vous puissiez vers la porte » contre les défenseu.se.r.s des terres autochtones qui bloquaient la construction du gazoduc. Les manifestant.e.s ont également fait état de violences verbales visant spécifiquement les peuples autochtones.    

En gardant cela à l'esprit, la planification environnementale doit allerau-delà des objectifs d'émissions et diriger le changement structurel quiimplique des politiques antiracistes, décoloniales et intersectionnelles telles que la réforme de la police afin d'alléger de manière significative les conditions d'oppression auxquelles sont confrontées les communautés racisées à travers le Canada. En d'autres termes, l'innovation verte ne suffit pas pour lutter contre la crise climatique. Les Canadien.ne.s doivent plutôt considérer le rôle de la blancheur comme un instrument qui génère et perpétue les problèmes de maintien de l'ordre, de pollution et de changements climatiques.   

Nous devons faire mieux. Parce que le racisme systémique tue.  

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